Jeudi 16 novembre 2006
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Le Massacre De Jenine : le film interdit par Israel, et interdit de télé...
(à voir avant censure...)
(clic sur l'image...)
Le texte qui suit est une traduction de l’ article de Tom Segev paru dans le quotidien
israélien Ha’Aretz :
Dans la désolation de Jénine, parler ou non de “massacre” n’a plus d’importance. “Tout meurtre de civils est un massacre, quels que soient le nombre des tués et les circonstances”, affirme
Ha’Aretz.
Mardi 23 avril, un nouveau corps était découvert dans le camp de réfugiés de Jénine. Nous sommes montés sur ce qui avait été un toit, pour avoir une meilleure vue. Sous notre poids, la dalle de
ciment a commencé à céder et nous sommes redescendus nous frayer un passage parmi les curieux, en marchant sur des livres déchirés et des chaussures de femmes, une boîte de produits de beauté,
des restes de vêtements, une chaise haute et une cuvette de W.-C. J’ai vu quelque chose qui ressemblait à un bras couvert de boue et détaché du corps auquel il appartenait. Je venais de découvrir
une jambe.
Menacer de tuer l’enfant si les gens n’évacuent pas.
Selon l’estimation la plus plausible, le nombre de civils tués approche la soixantaine. Certains sont morts lorsque leurs maisons se sont effondrées sur eux. Selon un fonctionnaire palestinien,
au moins six civils, dont une femme, ont été intentionnellement abattus par des soldats de Tsahal. Les disparus se comptent par dizaines. La rue principale du camp est noire de monde. Beaucoup
d’habitants de Jénine sont venus constater les dévastations. Quarante pour cent des maisons du camp ont été endommagées par les bombardements aériens et les chars d’assaut. Plusieurs milliers de
personnes sont sans abri. Les écoles du camp sont censées rouvrir, tandis que la municipalité s’active pour alimenter à nouveau les habitants en eau et en électricité.
Un énorme bulldozer de fabrication japonaise entame la destruction d’un immeuble de trois étages qui menace de s’écrouler et d’où pendent quelques vêtements d’enfants. A l’extérieur, cachée
derrière une pancarte en plastique installée par la municipalité pour éloigner les curieux, la propriétaire des lieux regarde le bulldozer en sanglotant amèrement et en se cachant le visage
derrière ses doigts ridés. Son visage se tord, comme si c’était son propre corps que le bulldozer abattait. Hind Awwas est mère de dix enfants. Une centaine de soldats ont fait irruption dans sa
maison, explique-t-elle. Ils sont restés cinq jours et ont tout détruit.
C’est l’un des épisodes scandaleux de l’opération Rempart. Selon tous les témoignages, les soldats ont agi avec sauvagerie et sans justification. Ils parlaient grossièrement, détruisaient tout,
inscrivaient les noms de leurs unités sur les murs, volaient l’argent et les biens de valeur. Les habitants arrêtés pour interrogatoire parlent de conditions humiliantes : ils étaient obligés de se coucher à même le sol des journées entières, ne pouvaient garder que leurs sous-vêtements, tandis que leurs mains étaient liées, et
les Israéliens les frappaient.
Les soldats qui ont investi la maison de Hind Awwas ont demandé aux habitants de quitter les lieux. Awwas a refusé : elle n’avait nul endroit où se réfugier, tandis que l’on tirait dehors. Les
soldats se sont d’abord contentés des deux étages supérieurs avant de réitérer, le lendemain, leur ordre d’évacuation. Awwas a de nouveau refusé. Un soldat s’est emparé de son neveu, un enfant
d’un an et demi, l’a coincé sous son bras et, avec l’autre main, lui a placé un pistolet sur la tempe. Dans un arabe approximatif, il a menacé de tuer l’enfant si les gens n’évacuaient pas les
lieux. Alors, elle s’est enfuie avec les enfants.
Ce n’était pas un officier, dit-elle, mais elle ne pourrait pas le reconnaître. Comme tous les soldats, il s’était recouvert le visage de peinture noire, peut-être pour éviter toute
identification qui pourrait le conduire devant un tribunal chargé d’instruire des crimes de guerre. Mais elle se rappelle l’unité : les soldats ont peint un graffiti noir aux armes de l’unité
d’infanterie des Golani. Avant de quitter la maison, ils y ont mis le feu.
Le bulldozer municipal continue son travail de sape. Awwas se met à insulter Ariel Sharon, George Bush et le monde entier, coupable de rester silencieux. Elle se dit fière du courage des
combattants du camp, qui ont essayé d’arrêter les envahisseurs, ainsi que de la municipalité, qui s’active pour réintroduire un semblant de vie normale. Avant d’envoyer ses équipes de réfection
dans le camp, la municipalité avait tout d’abord envisagé de le laisser en l’état, comme un monument de la honte. Cependant, la plupart des sans-abri voulaient retourner chez eux et on trouvait
parmi eux de nombreux anciens habitants d’Haïfa et de ses environs, qu’ils avaient fui en 1948. En attendant que leurs maisons soient reconstruites, ils vivront sous des tentes. “Ce sera le
premier camp de tentes du XXIe siècle”, affirme un fonctionnaire palestinien.
C’est une histoire sale et cruelle. Le nom que l’on peut lui donner n’a pas tellement d’importance. On peut oublier le terme “massacre” ou considérer que tout meurtre de civils est un massacre,
quels que soient le nombre des tués et les circonstances. Mais le plus important, c’est l’énergie déployée pour reconstruire le plus vite possible les maisons détruites. Parce que, une chose est
sûre : dans six mois, la pluie reviendra.
Tout un site ne suffirait pas à rapporter les horreurs perpétrées à Jénine.
Cliquez sur ce lien pour prendre connaissance du rapport complet de Human Right Watch sur Jénine :
The full report of Human Rights Watch on
Jenin